L'engraissement du point de trame

L'engraissement du point de trame est un défaut d'impression lié à la façon dont l'encre s'étale sur le papier. Sa conséquence est l'augmentation (oui engraissement) de la taille du point de trame.

engraissement du point de trame

Fig.1. La photo du haut représente le point de trame sur la plaque (ou le film)..
La photo du bas représente la version imprimée de l'image. Le point de trame s'est agrandit en fonction de la qualité du papier. L'image subit une perte de luminosité.

L'engraissement mécanique

L'engraissement est un phénomène prévisible et assez simple à comprendre. Lorsque l'encre s'étale sur le papier. il y a un effet de buvard qui va produire un point de trame plus gros que l'original souhaité. Si on prend l'exemple d'un papier couché, c'est à dire un papier relativement peu sensible à l'engraissement, l'augmentation du point de trame peut augmenter entre 3 et 4 %. C'est ce qu'on appelle l'engraissement mécanique.

trame
Fig.2. Trame grossie 10 fois par rapport aux vignettes originales. Exemple d'un engraissement standard de 20 %.

Mais les choses ne sont pas aussi simples car il y a une succession de facteurs qui va déterminer la taille du point imprimé. D'abord le flashage de la plaque peut induire une légère différence, puis l'encrage du blancher va amplifier ce phénomène et enfin la pression choisie pour la presse sur le papier.

L'engraissement optique

Un autre phénomène vient s'ajouter à l'engraissement mécanique, c'est ce qu'on appelle l'engraissement optique. Un cône d'ombre va se former sous le point de trame et va créer une ombre portée sur la face inférieur du papier. Ce phénomène est d'autant plus important que le papier est fin. Si le papier est suffissament épais, l'ombre est absorbée dans l'épaisseur du papier. Puis par réflexion cette ombre portée crée en surface du papier un halo plus ou moins sombre qui va augmenter virtuellement la taille du point de trame.

On a donc un engraissement effectif créé par 2 % sur la fabrication de la plaque et 5 % par l'étalement de l'encre sur le papier, puis 11 % d'engraissement optique peuvent venir s'ajouter pour donner au final un engraissement total de 18 % !

L'engraissement dans les profils couleur

C'est cette addition d'engraissement mécanique et dl'engraissement optique que les profils ICC utilisent comme échelle pour caractériser l'engraissement. C'est ainsi qu'un papier couché est sensé produire un engraissement de 16 % à 18 %. L'engraissement n'est pas constant tout au long de la distribution tonale. Le maximum se situe aux alentours d'une densité de point à 70 % et lorsqu'on s'approche du noir et du blanc l'engraissement diminue. Plus la trame choisie est fine, plus le papier sera sensible à l'engraissement.
Si l'imprimeur connait l'engraissement moyen d'un papier donné, il est possible d'en tenir compte dès le prépresse en appliqant une courbe de correction (profil couleur). Ces caractèristiques d'impression peuvent aussi être fourni directement au graphiste grâce à un fichier JobOption pour Acrobat qui générera un PDF optimisé pour le papier final.

L'engraisement se détermine à l'aide d'un densitomètre sur les bandes de contrôle. Les bandes de contrôle sont disponibles selon 2 normes : l'Euroscale ( FOGRA) ou l'Eurostandard (Brunner).

Lorsqu'on utilise un papier non couché, La présence de l'engraissement devient plus crtique et demande de l'attention. Il est préférable de choisir une trame plus grossière pour éviter de boucher les zones les plus sombres. Mais il faut savoir qu'une trame plus grossière dont la linéature passe en dessous de 100 devient visible.

L'engraissement a des avantages

L'engraissement du point de trame est la réponse naturelle d'un support en papier. L'augmentation de contraste qui en résulte apporte de la profondeur à l'image et un rendu plus incisif (voir la figure 1). Il ne faut donc pas chercher à l'éviter, mais simplement prévoir le rendu final. Lors de tirage en couleur, l'augmentation de la superposition des points améliore légèrement le gamut du papier notamment dans la zone du noir où les noirs enrichis sont optimisés. L'engraissement permet aussi la dilution des points de trame qui lisse l'effet de rocaces.

L'engraissement en chiffres

Sur un papier couché (surface lisse) l'engraissement produit par une presse offset peut varier entre 15 et 20 %. Sur du papier non couché, l'engraissement peut varier entre 20 et 30 %. L'industrie graphique estime pour un papier couché ordinaire que l'engraissement moyen est d'environ 21 %. C'est à dire qu'un gris moyen de valeur 50 % sera imprimé avec une valeur de gris de 71 %.

Il existe plus ou moins une correspondance entre une valeur d'engraissement d'un papier et une valeur de gamma d'une image RVB. Pour l'engraissement standard de 21 %, le gamma correspondant est de 1,8. D'ou la normalisation au gamma de 1,8 de certain profils ICC comme AppleRGB, ColorMatchRGB, ECI-RGB ou encore ProphotoRGB.

Notez que les 2 profils européens disponibles dans photoshop, l'Euroscale Coated et le Coated Fogra 27 definissent un engraissement de 18 % (légèrement inférieur à 18 %).