La couleur en
photogravure traditionnelle

Avant d'aborder les principes de la gestion des couleurs, quelques mots sur la photogravure traditionnelle. Bien avant l'avènement des profils ICC, l''industrie graphique utilisait un flux de production dit "traditionnel". Celui-ci était basé sur un profil CMJN unique et non modifiable. Ce flux sans aucune souplesse avait néanmoins le gros avantage d'une stabilité irréprochable dans la reproduction des couleurs.

photogravure traditionnelle Fig. A gauche, le photograveur fait la moitié du chemin en fournissant avec les films une épreuve très proche de l'original. A droite, l'imprimeur fait l'autre moitié du chemin en se débrouillant pour simuler au plus près l'épreuve analogique.

Fig. 2. a - Le flux traditionnel utilise un flux CMJN du début à la fin (même si le scanner utilise une technologie RVB, il fournit un fichier CMJN).
b - Les images sont traités en CMJN dans Photoshop: la couleur cyan d'origine sera traduite par un CMJN 97, 2, 1, 0 considéré comme égale à C = 100. On peut corriger la couleur à la pipette pour noter la couleur CMJN = 100, 0, 0 , 0.
c - L'écran est le maillon faible de ce flux : il n'est pas capable de reproduire toute les couleurs CMJN.
d - Le RIP de l'imprimante conserve les valeurs CMJN du fichier pour fournir une épreuve numérique.

Dans ce flux de production, les couleurs reproductibles par une presse offset étaient pris en compte par une conversion à l'intérieur même du scanner et donc on n'avait même pas conscience de cette notion d'espace colorimétrique CMJN car il n'intervenait plus en tant que tel.

Dans ce flux de production, les nombres CMJN définissant la couleur avaient dans l'esprits des chromistes la valeur d'une couleur absolue. En effet un rouge formé de J,M = 100, 100 était la correspondance exact avec le rouge reproduit par l'épreuve analogique. Le flux de production de la couleur démarrait au scanner et s'arrêtait à l'épreuve contrat. Cette épreuve était la référence couleur à respecter par l'imprimeur.
Dans la suite de la production, on ne s'occupe pas de la manière dont le papier final réagit avec les couleurs (on ne s'occupe pas de connaître son profil couleur), on demande simplement à l'imprimeur d'adapter les couleurs produites par la presse à celles de l'épreuve-contrat.

Ce type de flux est encore utilisé aujourd'hui mais les anciennes épreuves Cromalin ou MatchPrint sont remplacées par un épreuve certifiée FOGRA. La gestion moderne de la couleur basée sur des données numériques est fortement influencé par ce concept en partie analogique alors qu'elle en est à l'opposée.

Au début des années 90, ce flux a su évoluer et les scanners étaient alors capables de proposer non pas un profil unique, mais toute un gamme de profils de restitution des couleurs selon les papiers, et cela en plus des "tables de séparation" convenant à différents types de presses et papiers, qui elles ont toujours existé.
La photogravure traditionnelle est caractérisée par un flux entièrement en CMJN, alors que la gestion des couleurs est caractérisée par un flux en RVB.